Un premier album, c’est souvent émouvant… Le résultat de tant d’espoirs, de passions, de travail, de doutes et d’incertitudes aussi. Une façon de se jeter à l’eau, bille en tête, tête la première et cœur à l’ouvrage. Tout cela, ces rêves, ces sentiments, ces émotions, on les trouve dans le disque d’Auren. Un disque sans fard, sans fioritures, à la simplicité exemplaire, à la pureté rafraîchissante. Pas étonnant qu’elle l’ait intitulé « De la tête aux pieds ».
Son disque, c’est tout elle : Auren, corps et âme.
A vingt-huit ans, la petite Lyonnaise a déjà beaucoup bourlingué, promené son piano (« le prolongement de moi-même », dit-elle) des rencontres d’Astaffort en premières parties de Francis Cabrel , de galas caritatifs en récitals éclectiques. Avec, à chaque fois, un accueil à la mesure de ses chansons à la sensualité romantique et au spleen lumineux. Belle de scène…
Elle aurait pu devenir une de ces brillante « executive women » façonnées par les écoles de commerce. Diplômée de l’Edhec, auteur d’un mémoire érudit sur « musique et publicité », sa voie semblait toute tracée. Sauf que voilà, à cause d’une grand-mère qui lui insuffla toute petite la passion du piano, dans un foyer où résonnait la musique jour et nuit (« Papa écoutait Brel et Aznavour, maman, les Doors et Pink Floyd… »), Auren, la petite gymnaste fan de Michel Berger et des Beatles, en décidera autrement. Plus tard, stagiaire dans une maison de disques, elle côtoiera Souchon ou Daho, fera surtout des rencontres qui changeront sa vie.
La première, sera celle de Paul Ives, un chanteur compositeur britannique, complice de Boris Bergman et, entre autres, adaptateur de Gainsbourg revisité en anglais. Ensemble, ils élaborent lentement un répertoire, elle aux textes, lui aux mélodies, un travail en tête à tête et à quatre mains. La seconde rencontre se nomme Michael Jones, ex-alter ego de Jean-Jacques Goldman, chanteur, musicien et arrangeur émérite. Lui s’occupera de la préprod, et de la réalisation des chansons du futur album, non sans avoir testé la chanteuse, sur scène et en studio. Essais réussis. Restaient à les transformer. Ce sera chose faite, par le biais de Mescenes, une société de production familiale, créée pour l’occasion par le père et le frère d’Auren. Qui feront appel au mécénat, public comme privé, en lançant un bulletin de souscription permettant de précommander l’album. Une initiative qui a remporté un vif succès, grâce à l’intérêt et la générosité des donateurs, aussi bien particuliers (internautes, spectateurs des concerts) que professionnels (diverses entreprises).
Le résultat, c’est cet album, à la fois intense et intimiste, tendre et romantique : treize chansons sculptées par le piano d’Auren, entre guitares, contrebasse, violon et mellotron. Des chansons qui parlent d’amour et d’amitié, d’absences et de ruptures, d’évasion et de liberté. Auren écrit comme elle vit, chante ce qu’elle a vécu. Ainsi, « J’aurais dû me méfier », constat doux amer sur les trahisons amicales, ou « Soul de ton âme », ode au désir amoureux sur fond de note bleue. « La première note », première chanson jamais écrite, parle de frisson et de partage, « Double vie » suggère qu’on peut être deux et indécis, « Retenir la passion » évoque l’avenir et le moyen d’y trouver sa place, entre ombre et lumière.
Si Auren se fait ainsi chroniqueuse des transports amoureux, elle sait aussi s’inspirer des autres, de ceux qui l’entourent comme de ceux qu’elle croise : « Elle est partie comme ça », avec son final digne des riches heures du « Sgt Pepper’s » des Beatles, fait allusion à une tante bohème et globe trotteuse, « Rien d’un ange », aux démons intérieurs qui peuvent parfois pousser aux pires excès, « Regarde moi », à l’histoire d’un exilé emprisonné entre misère et mensonge.
Mélancolie, certes, mais humour aussi : « Comme Fred Astaire » lui a été inspirée par le comique contraste entre la tête des gens, le matin dans le métro, et un documentaire sur la star des comédies musicales d’antan, vu le soir à la télé; « Amsterdam », en duo avec Mathieu Johann, raconte un voyage promis mais jamais effectué, cadeau raté d’un ancien amoureux.
Simplement armée de son « Vibrato personnel », Auren, la chanteuse à la voix limpide, n’oublie pas enfin de rendre un bouleversant hommage à son mentor Paul Ives, disparu il y a deux ans (« Game over », sur une musique de Michael Jones) ; et, telle la Barbara de « Ma plus belle histoire d’amour » (une autre de ses influences), au public qui lui a donné confiance en elle (« De vous, sans doute »).
C’est souvent émouvant, un premier album. Avec le sien, Auren s’est littéralement jetée dans l’arène. La voilà qui se livre telle qu’elle est : passionnée, spontanée et authentique. De la tête aux pieds.