"Foly" est produit par AkiNa, en association avec TVRennes Cité Média, avec la participation de TV5 Monde et le Centre National de la Cinématographie.
Déjà diffusé sur les chaînes africaines, "Foly" est régulièrement projeté en première partie des concerts du groupe MANDINKA TRANSE ACOUSTIC de PÉDRO KOUYATÉ. (Pédro Kouyaté, Vincent Bucher, Nayaf, Simon Léger).


"C'est à la fois par la poésie et à travers la poésie,
par et à travers la musique,
que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le tombeau."
Charles Baudelaire
Le film Foly sillonne le voyage. Il revient. De l’ombre intérieure, aux silences venus de loin, en voix off de poésie, nous appelle à une traversée, nous rapprochant d’un cœur palpitant, d’un « maintenant » d’une ville : Bamako, d’un pays : le Mali.
L’histoire est murmurée d’amour, la voix le sait déjà, elle nous pénètre de son secret, elle se tient là et se donne aux rythmes de la ville, au théâtre éparpillé du désir battant, aux musiques de Bamako, aux paroles du Mali. Le film nous invite à une « ballade » d’écoute, de sons d’eau, de fer, de poussière, de rires, de rêves, de requiem et de couleurs, à ce que l’on ne verra pas, vers l’amour.
Du « porteur d’eau » au « porteur d’images », les liens se tissent et résonnent par la musique. La métamorphose s’opère et le « porteur de paroles » prend vie.
Disparaissent acteurs et spectateurs, chacun donne à entendre ce qu’il est et où il va.
Foly nous murmure le rythme de leur être, l’élégance naturelle et la beauté, rien ne sera surpris ni dévoilé mais chuchoté, reflété.
Témoins nous sommes là, dans la ville connue ou inconnue, nous questionnons et la musique nous répond, le voyage nous reprend, nous mène jusqu’au jeu de l’enfant enlacé à l’arbre, jouant avec un rayon d’ombre.
Cet enfant est-il le musicien, la voix de la griotte, le chant demeuré ?
Sera-t-il l’arbre ?
Le corps lié de l’enfant au monde, comme le « corps profond » du film « Foly ».
En équilibre entre la lumière et le jeu de la chute, une lascivité sensuelle, solitude heureuse, vivant le paysage au plus près de cet éphémère et ce vital proposés, de gestes regard silence, de couleurs et de notes, entre le temps et l’éternité.
Parenthèses improvisées par l’amitié, les retrouvailles de cette grande famille d’amis musiciens, sans âge, sans lieu, toujours là, créant de nouveaux espaces sonores pour la rencontre et se dire, se chanter, se raconter ce qu’ils aiment, ce dont ils souffrent, les morts, le quartier, la vie. Le parcours de chacun de ces musiciens s’efface en ces instants d’improvisation qu’ils nous offrent, une mise en vie de leurs savoirs bat aux rythmes de cette mise en jeu. Présentement comme l’on dit en Afrique.
Nous nous arrêtons avec eux, nous écoutons, nous sommes là, transposés.
La conversation terrée sous le film, entre le « d’où je te parle et d’où je t’entends » nous donnera d’autres yeux, tel le film s’est tracé d’autres horizons une fois sur place, se laissant onduler aux vents des balanzans, aux hasards, berceuses du fleuve, engorgements et bousculades de la ville en ses circulations quotidiennes.
Construire ensemble, même dans l'improvisation, un défi lancé non seulement par les musiciens, mais par « l’ici et maintenant » de la réalité du Mali.
Tel un désir de se reconstruire, réinstaurer cette part d’ombre de nous-mêmes, la force de l’exil et du combat, retrouver nos instruments, ne pas les laisser prendre l’eau de l’oubli, leur donner vibrations et émotions, transmettre à travers le partage ce que nous sommes ensemble.
L’enfant paraissant se jouer de l’ombre, entendra la musique, puis fera pousser le bois de tous les instruments à venir.
Inlassablement entendre les mots de Sory Camara :
"Le rêve véritable
Et le faux rêve ne font pas un
Ils sont comme la parole douce et la vérité.
Le rêve véritable est le fait de l'ombre.
Lorsque tu dors
Et que le monde s'éloigne,
L'ombre revient
Alors tu vois les choses
Telles quelles après ton réveil
Il peut se passer beaucoup de temps
Mais, tu traverseras ce que tu as vu
Les événements ont lieu la nuit
Le jour, on les répète"
Le film Foly est de la nuit de Bamako, le jour se répète en ses espoirs, ses rêves et ses vérités
Daphné Bitchatch / peintre
Mars 2009.