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Jean-Daniel
"L’homme-ritournelle" (Le Saule)
Il est des oeuvres qui lassent aussi vite qu’elles plaisent, d’autres, au contraire, que l’on ne finit pas de découvrir. Les chansons de Jean-Daniel Botta sont alambiquées, peut-être, mais Seigneur que la lumière est grande au bout de l’alambic! Musicien jouisseur et jouissif, formé au jazz surréaliste, il joue avec les formes, les rimes et les rythmes. Ses compositions métaphysiques, délicats bordels, d’abord déroutent, puis vous ramènent à elles au milieu de la nuit, ondoyants "rubans sonores," lorsque vous ne vous y attendiez plus. "Fils de l’ouragan, enfant balafré des rafales," il faut oser embarquer sur son galion-ivre, s’abandonner au "sel de ses mains d’argent" dans cette chaloupe où la "muse est démuselée".
Il serait plus simple c’est vrai, d’ignorer son art plutôt que d’y entrer, car ce très modeste énergumène ne nous mâche pas le travail et fait confiance à nos tympans. Ce serait pourtant nous priver de certaines dimensions étranges, cruciales, de nous encore inconnues. Oui, il y a du "raffut sur ce rafiot" où Jean-Daniel a passé le funk, la poésie et le jazz au mixer pour faire, "à dos de boulevard," de vraiment naïves et savantes chansons "dont la ville se moque." Multi instrumentiste inventif, chansonneur buissonnier, gamin inquiet, il baise nos pieds sur le front et embrasse nos oreilles sur la bouche.
Camille Couteau
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