La chambre à coucher
Derrière les volets clos
La douceur apparente
L’odeur de coquelicot
Le merisier qui chante
Quelques bruits habitués
La trotteuse, le frottement
Des draps bleus repassés
Le souffle court des amants…
Il y a les mots dits
Qu’on n’peut plus retirer
Parce qu’ils ont trop parlé
Ils sont devenus maudits…
elle, elle rêve, lui il dort…
chacun de son côté
et même s’ils étaient morts
ça n’aurait rien changé
bien sûr ils se sont dut
L’immuable « bonsoir »
Y ont t-ils vraiment cru
C’est une toute autre histoire…
Il y a les mots roses
Patinés de tendresse
Doux comme un vin de messe
Ils sont devenus moroses…
Mais leur sommeil, peut-être
,
est un leurre, une esquive,
Où les regrets s’empêtrent
A moins qu’ils ne dérivent (… ?)
Entre les fleurs ternies
Du trop vieux papier peint
mais qu’ils avaient choisit
Avec un goût… certain…
Il y a les mots-cœurs
Ceux qu’on se dit sans rire
Pour le meilleur, le pire,
Ils sont devenus moqueurs…
Derrière les volets clos
Est-ce qu’ils se sont aimés ?
Le mystère reste entier
c’est la question de trop
Lui éteint, elle, elle songe
C’est l’instant fatidique
L’instant où le mensonge
Risque la mort clinique
Il y a les mots-dés
Jetés là, au hasard
Sur le tapis vert du soir
Ils sont bien démodés…
Derrière les volets clos
Dans la chambre à coucher
Deux corps sont allongés
Deux morts, un seul tombeau…
FIN
Le temps des abricots
Ha ! qu’il vienne enfin
se faisant désirer
comme le retard d’un train
un lapin, un plombier
Qu’il remoule l’impatience
de la faux élimée
devant l’herbe qui danse
déjà très asséchée
Ha ! qu’il vienne encore
sans qu’on n’en voit la coque
là où l’horizon mort
s’habille en amerloque
Comme ce doux rendez-vous
qui nous a rendus dingue
puis bang ! et voilà tout !
fit le canon du flingue
Ha ! qu’il vienne toujours
chose promises, chose crues
comme l’eternel discours
habillant le roi nu
et le Monde d’expliquer
qu’il faut qu’on tourne en rond
sans jamais s’arrêter
sans même une bonne raison
Ha ! pourvu qu’ça vienne
comme se mire dans l’eau claire
la jolie arlésienne
Jurant sous ses grands airs
Le mieux c’est d’patienter
le mieux c’est toujours trop
on devrait l’remplacer
par l’temps des abricots
Ça c’est sûr qu’il viendra
même à pas de velours
comme la saison des z’a
des amis de toujours
Mais quand elle sera finie
nous retrouverons nos chiens
des chiens… mais des assis
ces tombeaux qui voient loin
Faut t-il enfin qu’il vienne
puisqu’on ne l’attend pas
qu’on se contente des chiennes
pourvu qu’elles mettent bas
alors nous pourrions dire
empiffrés d’abricots
que nous pouvons mourir…
en lui tournant le dos.
C’est ça… nous pourrions dire
que nous n’attendons rien
nous pourrions même en rire
si ça nous fait du bien
Se contenter d’aimer
et de tourner en rond
à juste cultiver
quelques fruits de saisons…
Ha ! Mignone allons voir
sous les marronniers la rose
voir si le grand soir
ressemble à quelque chose
Si le merle moqueur
est à portée de lance-pierre
si les cerises « mon cœur »
sont moins chers à l’hyper !
FIN