About me:
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AVERTISSEMENT : ma santé mentale va bien, merci !!! On peut apprécier le macabre pour son esthétique sans être un profanateur de tombes, un adorateur de Satan ou un serial-killer en puissance... Je ne dors pas dans un cercueil, je ne bois aucun verre de sang chaud et n'égorge aucune poule noire... Le gore pour le gore ne m'intéresse pas. S'il participe à l'efficacité d'une intrigue ou à la mise en place d'une atmosphère léchée dans un souci purement artistique alors, dans ce cas seulement, je le juge digne d'intérêt. Les séries B (voire les séries Z) qui enfilent comme des rangs de perles les séquences sanglantissimes avec une complaisance douteuse dans la médiocrité et la débilité ne méritent, à mon humble avis, que le plus grand dédain... Voilà, c'est dit ! Et je ne perds pas de vue qu'il n'y a pas que la mort dans la vie !!!
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« Abandonnez tout espoir, vous qui entrez ».
Dante Alighieri, L’Inferno.
Cette page est pour mes amis :
Alexandre Dussolliet
Thomas Sizaret
Pierre Gaudin
Didier Quesnée
Laurent Bornet
Je vous dois beaucoup.

Mon premier recueil de contes, intitulé Quand je serai grand, je serai mort, est paru en septembre 2008 aux éditions Les Deux Encres (Cholet). Préfacé par David Dunais et publié avec le soutien de Claude Seignolle, mon livre rassemble seize historiettes noires et désenchantées, imprégnées des esthétiques baroque, romantique et décadente auxquelles je suis si sensible. A ce lot de textes cruels, que j'ai tenu à écarter du registre gore aussi complaisant que vide de sens, je me suis efforcé d'apporter une saveur douce-amère, à la fois mélancolique et poétique. La mort et l'outre-tombe y occupent certes une place de choix mais l'absence, la solitude et, plus largement, le manque demeurent les thèmes centraux de ces contes que je qualifie volontiers de "déliquescents". Ni tout à fait fantastique, ni tout à fait merveilleux, chacun est pour moi l'occasion d'exprimer des craintes qui, me semble-t-il, nous habitent tous ; car, comme son titre l'indique, mon livre parle de vous, de moi, de nous tous ! Libre à nous d'assembler pièce après pièce les projets de toute une vie, de poursuivre avec toute la force de l'espoir les rêves les plus grisants... mais il existera toujours une échéance fatale pour saper tous ces élans à leur base et les jeter à terre. Que l'on ne s'y trompe cependant pas : ces récits ne sont en aucun cas des contes philosophiques porteurs d'une morale édifiante. Ma grande - et sans doute unique - ambition est de susciter des émotions, de créer des atmosphères étranges et troubles, de peindre, à la pointe de ma plume, de petits tableaux désespérés, recouverts d'un vernis âcre sous lequel - c'est mon vœu - palpite néanmoins l'émotion à travers ses nuances les plus diverses et les plus authentiques. J'ai pris le parti d'adopter, dans ces textes, un style bien particulier, volontairement suranné, qui me semblait adapté au propos dans la mesure où il répond à mon souhait de "faire du neuf avec du vieux". Dire de mes contes qu'ils recèlent un petit quelque chose d'original et de touchant qui leur confère un charme intemporel serait finalement le plus beau compliment que l'on puisse m'adresser.
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Résumé : La hantise de la mort pousse à toutes les folies...
Ici, une fillette amuse de ses chansons le cadavre d’un pendu, une veuve voit sa maison peu à peu envahie par l’odeur de la putréfaction, un simple d’esprit cache la dépouille de son père dans une soupente. Là, un vagabond jette son cœur à des chiens errants, deux gaillards jouent aux osselets au milieu d’un cimetière, un vieux solitaire trouve un œil de verre dans son jardin. Là, encore, un scieur de bois trempe ses mains dans le sang des arbres, un paysan piétine des sépultures pour s’enrichir, un poète enfouit son mal-être sous un masque à gaz. Plus loin, un reclus laisse une jeune flâneuse chuter dans un puits, une mourante joue de la viole à l’intérieur d’un couvent en ruine, un vieillard enfonce ses doigts dans les yeux d’une statue équestre. Là-bas, enfin, un jeune homme regarde ses rêves pourrir près d’une fontaine, un souffleur de verre fabrique d’étranges cercueils à ses cinq fils et deux amoureuses affrontent le vide au sommet d’un pigeonnier...
Mourra bien qui mourra le dernier.

Sommaire :
Les Rêveries du promeneur suicidaire.
Pour qui croassent les corbeaux ?
Corps et biens.
Frau Welt.
A cœur perdu.
Dernières volontés d’une pucelle.
La Corde pour le criminel.
La Complainte des Xylanthropes.
J’irai marcher sur vos tombes.
Trois petites goulées de mort pure.
Deuil pour deuil...
La Mort dans l’âme.
Thanaphobos.
Le Mouroir aux tourterelles.
Le Martyre des cendres.
Et si tu m’aimes, tombe avec moi.
"Vos histoires développent une profonde richesse [...] dans un dire de haute intelligence à qualifier de voluptueux, qui étale les surprises en détails de détails et offre une sensation de vertige [...] et provoque cette admiration d'un style diamanté d'intelligence vif-argent".
Claude Seignolle
"Certaines images fortes restent gravées dans les mémoires [...] car Quand je serai grand, je serai mort est de très bonne facture et sa lecture hautement recommandable".
François Schnebelen (Yozone.fr)
"Malgré tous ses côtés noirs, il faut reconnaître que l'ouvrage est bien écrit, l'imagination foisonnante, le vocabulaire recherché, les jeux de mots bien construits".
Le Courrier de la Mayenne
"Ce sont comme de petits bijoux ciselés, poétiques, écrits dans une langue claire et pure. Paradoxe d'un auteur qui consacre son art au monde des ténèbres, dont la phrase est porteuse d'une éblouissante luminosité et qui coule, limpide, comme un ruisseau aux jours d'été".
Maine Découvertes
"Contes et nouvelles fantastiques à la mode de Seignolle. Du grand art".
Charlotte Bousquet
"Quand je serai grand, je serai mort a de jolis accents de contes cruels aux influences tantôt proches de Tim Burton tantôt gore et de charmants titres évocateurs".
Rana Toad - La Mare aux livres
"Ceux qui aiment les évocations printannières et les histoires qui se finissent bien éviteront de lire ce volume entièrement dédié aux ténèbres et à la noirceur. Le style en est soigné, presque à l'ancienne".
L'Echo du Berry
"L'auteur [...] évoque sans détour la noirceur abyssale de l'âme humaine, son imperfection ainsi que la souffrance immuable et souvent muette de notre Mère-Nature avec un réel sens poétique".
Natalym (www.natalym.com)
"Ces nouvelles fantastiques et hantées par la mort et les rêves du néant provoquent très vite une inquiétude, un sentiment diffus de peur et de profonde désespérance. La langue employée est superbe".
La Salamandre
COMMANDE
Vous pouvez commander mon ouvrage auprès de votre libraire habituel (en lui précisant, si besoin, le code ISBN : 978-2-35168-088-9) ou bien en ligne sur l’un des sites de ventes suivants :
Vous pouvez également le commander auprès de mon éditeur (cliquez ici), ou de moi-même : je me ferai un plaisir de dédicacer votre exemplaire, livré avec son marque-page, contre la somme de 15 euros (participation aux frais de port incluse). Pour cela, n’hésitez pas à me contacter ici.
Je laisse dans un premier temps la parole à mes parrains. A commencer par mon ami conteur et maître à penser Claude Seignolle :
« Pour Nicolas Liau qui a une plume si naturelle et qui aime les "bains" de Passé, et tout plein d'encouragements pour sauver le romantisme quasi défunt alors que c'est l'enveloppe de notre âme et son éternité.»
« Je trouve en vous la distinction rare d’une grande estime exprimée avec la plume d’un parfait écrivain qui sait fouiller l’envers des phrases avec une harmonie à laquelle on est sensible. Vous avez tout pour faire aimer votre pensée mais, comme tant d’êtres authentiques, il vous manque le culot de sonner aux grandes portes et vous n’êtes pas le seul. »
Je ne connais pas de plaisir plus grand que celui de lever les yeux et d'apercevoir, au-dessus de sa tête, une telle étoile brillant de tout son éclat tutélaire...
Ecoutons à présent David Dunais, grand spécialiste de la littérature fantastique m'ayant offert son amitié et son soutien avec un enthousiasme qui ne cessera jamais de me surprendre :
« Une patte personnelle, mariage subtil de décadentisme précieux et - Ô paradoxe du talent - d'une fraîcheur de bon aloi. Un "souffle nouveau", qui a pourtant la familiarité du rêve et de l'évidence. Un incontestable talent dont le critique, nabot vissé à terre, observe l'envol, émerveillé, les yeux tout papillonnants de reflets de lumière.
Nicolas Liau est plus qu'un auteur, c'est un poète. »
Cliquez sur la chaîne pour accéder à l’excellent site que David Dunais consacre, avec passion et érudition, à la littérature fantastique :


Je suis né le 3 octobre 1982 à La Châtre, une petite ville de l’Indre, dans un Berry laissé pour compte, province souvent raillée par ceux qui la connaissent le moins. Je suis pour ma part heureux d’avoir grandi au fond de cette « Vallée Noire », terre jadis fertile en superstitions, célébrée par George Sand dans ses romans champêtres.
Je vis aujourd'hui en Mayenne, à Laval, cité de caractère dont j'apprécie tout particulièrement le charme discret, la quiétude inaltérable et les dimensions humaines, qui invitent immédiatement à la rêverie.
Passionné de fantastique depuis toujours, je m’adonne avec un plaisir inexprimable à l’écriture de contes noirs et macabres. A l’instar de Tim Burton, je pense que « si vous demandez à un adulte ce qu’est un conte de fées, il vous dira que c’est une histoire pour enfants. Mais si vous lui faites lire ce conte, si vous lui dessinez les personnages, il sera horrifié par son contenu et par cette imagerie ». C’est pourquoi il me plaît de jouer, à ma modeste manière, avec cette double nature du conte, d’élargir cet écart entre une réputation infantilisante et un propos «abominable».
Parler de moi est un supplice autant qu'une corvée. C'est pourquoi je me contenterai de rapporter ci-dessous l'interview que j'ai accordée il y a quelque temps à Natalym (dont je vous invite à visiter le classieux site internet : www.natalym.com) et dans laquelle il me semble avoir livré tout ce qu'il est nécessaire de savoir à mon sujet.

Au roman, souvent trop verbeux à mon goût, je préfère la forme brève, bien plus favorable à un surgissement efficace et fulgurant du surnaturel. Les contes et nouvelles ne trouvent plus vraiment grâce aux yeux du public et je le regrette car, par leur dépouillement et leur concision, ils témoignent d’une poéticité et d’une « force de frappe » supérieures à celles du roman.

Nourri, dans mon adolescence, au paranormal et aux productions de Stephen King, je trouve aujourd'hui mon inspiration dans les richesses du passé. S’il me fallait lister mes influences, je citerais : l’atrocité raffinée des mythes gréco-latins, l’inventivité foisonnante et inégalable des traditions orales du terroir, les décors crépusculaires et en ruine (qui font un peu « cliché ») du roman gothique, l’exubérance macabre de l’outre-tombe baroque, les fantômes pudibonds et le surnaturel feutré des ghost-stories victoriennes (et de Joseph Sh. Le Fanu en particulier), l’acidité cruelle et cynique d’Ambrose Bierce et les « dires » rustiques et sorciers, si bellement mis en mots, de l’ethnologue Claude Seignolle.

Mais s’il me fallait ne retenir qu’une seule source à laquelle nous abreuver, moi et ma plume, je dirais ceci : si Mère Nature peut s’enorgueillir d’avoir signé nombre de chefs-d’oeuvre, il en est pour lesquels elle a fait montre d’une application particulière et dont elle peut tirer une vanité légitime : les chats, démons tout de fourrure et de vice, au sujet desquels Baudelaire a si justement écrit :
« Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres ;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté. »
Ma muse la plus assidue ne porte pas de nom grec, ne se présente pas à moi sous les traits d’une demoiselle en fleur, mais fait clignoter avec nonchalance ses yeux métallisés au rythme de ses mélopées ronronnantes et de ses pas satinés. J’aime dérober à ces petits fauves domestiques les nuances qui composent le spectre bigarré de leur caractère pour en teinter mes textes. Je révère les chats pour toutes les singularités d’humeur qui font que d’autres, hélas trop nombreux, les détestent. Parce qu’ils se plaisent à vivre en marge, parce qu’ils ne se reconnaissent aucun maître véritable, parce qu’ils peuvent, d’un seul mouvement, se frotter tout contre vous et vous labourer la main d’un coup de griffe... Et parce qu’il leur faut toujours être aux premières loges, sur l’écritoire, quand la plume racle le papier.
Parle-nous de ton parcours plumesque : J’ai pris la plume pour la première fois il y a une bonne douzaine d’années. Jusqu’à la fin de ma scolarité, j’ai écrit des poèmes, de pseudo jeux de rôles, mais surtout plusieurs dizaines de nouvelles d’épouvante... Tous ces écrits, complètement insipides, il faut bien l’avouer, m’ont malgré tout permis de me faire la main. Au lycée et à l’université, j’ai remporté plusieurs prix lors de concours littéraires et ces petites victoires m’ont conforté dans ma volonté d’explorer plus avant la voie de l’écriture. Si mes souvenirs sont bons, c’est en 2001 que j’ai publié mon premier texte de façon professionnelle, dans un ouvrage collectif paru à Lyon. Cette première publication en a entraîné d’autres. Par manque de temps, j’ai assez peu écrit et donc publié au cours de mes cinq années universitaires. Mais, à la fin de mes études, j’ai recommencé à proposer mes textes à des revues spécialisées. Mes contes se sont donc retrouvés au sommaire du Calepin Jaune, de Borderline, d’Eclats de Rêves, de Monk ou encore de La Salamandre. Parallèlement, j’ai écrit quelques articles pour des magazines (Le Monde de l’Inconnu, Virgule) ou des ouvrages collectifs (« Tolkien, un autre regard sur la Terre du Milieu », éditions Edysseus). Je me suis également frotté à l’écriture de romans. Mais ce genre demeure un peu trop volubile à mon goût. Il est de bon ton d’y raconter tout par le menu. Or, il m’importe assez peu de connaître un personnage de fond en comble, du métier de ses parents jusqu’à ses goûts culinaires. Je m’épanouis bien plus dans la forme brève parce qu’elle autorise nombre d’ellipses narratives. Pourquoi l’intérêt d’une histoire ne résiderait-il pas, après tout, dans ce qu’elle passe sous silence, dans ce qu’on ignore de ses personnages ? Je reste souvent perplexe devant la nécessité qu’éprouvent certains auteurs de tricoter des trilogies et autres sagas adipeuses autour d’une intrigue qui, engoncée dans cet embonpoint verbal, perd considérablement de sa prestance et de son efficacité. Mais refermons cette parenthèse... Mon amour pour la forme brève m’a conduit à faire la connaissance de l’écrivain Claude Seignolle qui a signé les plus beaux contes fantastiques que je connaisse et qui, de fil en aiguille, au gré d’une correspondance régulière, est devenu mon ami ainsi que mon maître à penser. Je pourrais parler des heures entières de cette rencontre qui compte énormément pour moi ! Galvanisé par une amitié aussi précieuse, je sens que je ne suis pas près de m’écarter du sillon du conte. Il est le médium privilégié par lequel j’entends bien exprimer tout ce qu’il me reste à dire !
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D'où te viennent tes envolées fantastiques, en particulier ta folle passion pour le macabre ? Les passions auxquelles on trouve une explication ne sont sans doute pas de vraies passions. J’ai toujours été attiré par l’étrange. Cette curiosité, cet attrait et cette affection pour le bizarre, l’anormal et le mystérieux, je les ai dans le sang : ils font partie intégrante de mon bagage génétique ! Je ne me suis jamais vraiment demandé pourquoi le Fantastique trouvait autant grâce à mes yeux. Pas plus que je ne me demande pourquoi je préfère telle couleur à telle autre. En ce qui concerne l’écriture, c’est mon frère aîné qui, en m’offrant un jour le premier tome de « Bazaar » de Stephen King, a mis le feu aux poudres. La lecture de ce livre a orienté ma plume vers des chemins qu’elle n’a, dès lors, plus quittés. Durant toute mon adolescence, tout en ingurgitant les romans et nouvelles de King, j’ai gribouillé mes propres petits textes dans un style qui imitait, sans doute de façon un peu naïve, celui de mon maître littéraire d’alors. Mon goût pour le macabre est venu un peu plus tard, à l’université, où j’ai eu l’occasion de suivre des cours passionnants sur le mouvement baroque. Les vanités, le « memento mori », tout ce discours sur le temps qui passe et qui détruit, sur la finitude de l’homme, sur le caractère si éphémère de son corps destiné à pourrir... Toute cette imagerie de la Mort, crue et froide, s’est mise à dialoguer avec mon âme dans une langue que celle-ci comprenait. C’est désormais cette veine-là que j’explore à travers mes contes, quitte à m’écarter du Fantastique pur et dur. J’ai toujours peur qu’on interprète trop rapidement mon attirance pour les thématiques macabres comme le signe d’un désordre mental. Il s’agit sans doute d’une déviance, je le conçois, d’un écart par rapport aux normes sociales, mais une déviance qui repose uniquement sur des préoccupations d’ordre esthétique et qui traduit le questionnement profond qu’engendrent en moi la vie et la mort. Je ne passe pas mes nuits dans des abbayes en ruine, je n’ai jamais déterré de cadavres, je n’invoque aucun démon... La fascination pour l’outre-tombe est, pour moi, une façon comme une autre de regarder le monde.
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Comment vis-tu tes éventuelles pannes d'inspiration, communément appelées "angoisses de la page blanche" ? Assez mal, en vérité ! Fort heureusement, je n’ai jamais connu de pannes bien longues jusqu’à présent. Les idées, bonnes ou mauvaises, se renouvellent dans mon esprit à un rythme plutôt satisfaisant. Parfois, il m’arrive d’avoir une histoire complète en tête et d’être incapable de trouver une amorce. C’est une sensation terriblement inconfortable. Pour expliquer ce blocage, auquel il n’existe aucun remède, j’ai l’habitude de dire que mes contes sont des fruits que je laisse naître et mûrir d’eux-mêmes dans la ramure de mes pensées. De temps en temps, je viens explorer les branches pour voir comment tout cela s’épanouit. Parvenues au terme de leur maturation, les histoires tombent à terre l’une après l’autre et je n’ai plus qu’à me baisser pour les ramasser. Il me faut alors écrire sans tarder car, chez moi, les idées qui restent trop longtemps inemployées pourrissent et me lassent vite. Si blocage il y a, c’est parce que l’histoire n’est pas encore parvenue à maturité et que j’ai voulu l’arracher à sa branche plutôt que de la laisser se décrocher seule. Dans ces cas-là, je referme mon cahier et j’attends. J’ai horreur de brutaliser ma plume en la contraignant à donner forme à des idées inabouties. Voilà pourquoi j’écris assez peu et refuse de produire de l’écrit en quantité industrielle. Le plus dur, pour moi, reste les entrées en matière : tant que je n’ai pas trouvé une introduction qui me convienne, je m’interdis d’aller plus loin. En fait, je crois que c’est mon perfectionnisme qui génère ces micro-pannes !
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Et qu'aurais-tu envie de suggérer aux jeunes plumes qui font leurs premiers pas dans la passionnante carrière écrivaine ? En premier lieu, de ne jamais céder aux modes et de ne jamais chercher à plaire à qui que ce soit, sinon à soi-même. Il n’y a rien de plus dommageable qu’une plume contrainte. Je leur recommanderais d’aller au bout de leurs envies, sans arrière-pensée, en ne craignant jamais de mettre en mots ce qu’ils ont besoin d’exprimer. Et cela, en recourant à la forme d’expression qui leur paraît la plus appropriée, quand bien même il leur faudrait choisir des genres aussi mésestimés que la nouvelle ou le poème. Accoucher, à son corps défendant, d’un roman parce que c’est « tendance » est la plus stérile, la plus inepte, des démarches. Ecrire libre suppose également de parvenir à se délivrer de ses éventuels modèles et maîtres à penser afin de se forger un style propre et de laisser émerger sa sensibilité dans tout ce qu’elle a d’unique. Ecrire « à la manière de » est un piège dans lequel il est si facile de tomber ! Aux jeunes auteurs qui ont pour vocation d’œuvrer dans le registre fantastique, je souhaiterais adresser cette mise en garde : la peur, le goût du macabre, l’étrange... tout cela se cultive et se vit de l’intérieur, dans le secret du cœur. Nul besoin de les afficher à travers le port de colifichets gothiques ! Tout auteur qui éprouve la nécessité de se limer les dents, de se farder de blanc et de s’affubler d’une crinière noire s’est écarté de la noble voie de la littérature pour se perdre sur celle du spectaculaire aussi éphémère que creux. En outre, beaucoup d’auteurs en herbe, sitôt qu’ils ont publié leurs premiers écrits, s’autoproclament écrivains et s’en gargarisent. Le mot « écrivain » est aujourd’hui vide de sens à force d’être employé à si mauvais escient. Bientôt, tout individu capable de rédiger une liste de courses pourra se considérer comme écrivain. Je ne suis pas un écrivain et ne le serai jamais. Je laisse bien volontiers ce plaisir à ceux qu’une telle étiquette peut emplir d’un sentiment de grandeur. En somme, l’écriture idéale serait celle qui nous permettrait de ne jamais trahir nos convictions profondes tout en apportant une pierre nouvelle à ce vaste monument qu’est la littérature vraie et respectable.
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La vie t'inspire-t-elle prioritairement dans ton avancée créative ? S’il est ici question de ma vie, alors oui, il m’est arrivé plus d’une fois de puiser délibérément dans mon vécu pour alimenter mes textes. Mais il ne s’agit en général que de menues ponctions, de prélèvements ponctuels car, si j’écris, c’est justement pour vivre autre chose, passer d’une expérience nouvelle à une autre et non m’enfermer dans une bulle vaguement autobiographique. Je suis de ceux qui, afin de briser la monotonie du quotidien, ont un besoin constant de sensations fortes. Certains sautent à l’élastique, d’autres font le tour du monde en solitaire. Moi, j’écris des contes noirs. C’est moins spectaculaire mais tout aussi libérateur et jouissif ! Si la vie en général (et là je ne parle plus de mon existence propre) me fascine et m’inspire, c’est avant tout par sa finitude, par tout ce qui fait d’elle une mécanique fragile, un assemblage précaire de pignons et de roues dentées qu’un rien peut enrayer, immobiliser et réduire à néant. C’est aussi par le plaisir non feint que j’éprouve à transgresser les règles de bienséance, à aller contre les principes moraux qui devraient normalement régir la vie en société, à égratigner l’image « pieuse » et idéale d’une humanité vivant dans la concorde. C’est en tout cas de cette façon que j’explique ma propension à mettre en scène la mort violente, le crime et la profanation sous toutes ses formes. Tout cela, discipliné par une démarche à laquelle je m’efforce de toujours imprimer une dynamique artistique, n’est pas pensé dans le seul but de choquer ou de faire horreur. La provocation gratuite n’a jamais trouvé grâce à mes yeux. D’ailleurs, je n’ai jamais eu le sentiment de me montrer résolument indécent. A l’impudeur je préfère de beaucoup l’irrévérence. Faire du beau avec tout ce que la vie peut avoir de laid : c’est là ma seule ambition ; et j’espère vraiment atteindre un jour cet objectif...
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Si on pouvait donner la parole à ta muse féline préférée, quels seraient, à ton avis, son message philosophique, ses ressentis, lorsqu'elle pose sur toi et ton art ses "yeux métallisés" ? Je ne sais pas. Peut-être cette muse féline me dirait-elle que je joue à des jeux dangereux, que je suis en train de vendre mon âme au Diable avec toutes ces idées si peu catholiques ! Car, tout le monde le sait, les chats en connaissent un rayon en matière de diableries et de damnation ! Si elle était douée de parole, ma muse féline m’adresserait cette mise en garde et, dans un même temps, avec une luisance trouble dans le regard, m’encouragerait à persévérer dans cette voie, heureuse et fière, sans doute, d’offrir une nouvelle recrue à son Maître aux pieds fourchus...
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Quelle est la carrière littéraire qui te fait le plus rêver parmi les écrivains que tu affectionnes le plus ? Celles de Guy de Maupassant (1850-1893) et de l’Irlandais Joseph Sheridan Le Fanu (1814-1873), deux fantastiqueurs que je révère et dont je m’imprègne, me semblent des plus désirables par leur fécondité et le nombre de petits chefs d’œuvre dont elles sont ponctuées. Mais la misère morale dans laquelle est tombé chacun de ces écrivains durant ses derniers jours (le premier a sombré dans la folie, le second a succombé à ses névroses) s’avère franchement moins enviable ! En vérité, aucune carrière-type ne me fait vraiment rêver. Si je dois poursuivre une carrière littéraire, je préfère encore que ce soit la mienne et aucune autre. En son genre, celle de l’Américain Ambrose Bierce (1842-1914), nouvelliste prolifique dont j’admire le cynisme, est plutôt séduisante : fils de fermiers, il devient très vite un journaliste reconnu de tous, célébré pour sa verve satirique, et suit alors un parcours jalonné de succès qui lui permet de vivre de sa plume... Jusqu’à ce qu’il disparaisse purement et simplement, au Mexique, dans des conditions mystérieuses, après avoir émis le souhait de participer à la révolution de Pancho Villa. Il y a dans cette façon élégante de tirer sa révérence quelque chose de fascinant.
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A ce titre, la célèbre George Sand a-t-elle par exemple contribué à semer au sein de ton esprit prolifique les graines inspiratrices de ses "Légendes Rustiques" au fil de ta carrière écrivaine ? Bien que j’aie une sincère et indéfectible affection pour ses fameux romans champêtres dont elle ancre l’action au cœur même du Berry, George Sand n’a jamais vraiment exercé sur moi une quelconque influence directe. Je me reconnais pleinement dans sa sensibilité et son esprit romantiques ou encore dans son attachement pour le terroir et les paysans berrichons. Mais je n’ai jamais placé mes petits travaux de plume sous un patronage sandien. En revanche, je dois reconnaître que mon intérêt pour le folklore berrichon (et notamment pour les superstitions campagnardes et autres croyances en des faits surnaturels) a été considérablement avivé par la lecture de ses « Légendes rustiques », ouvrage incontournable qui a offert à la mythologie du Berry l’opportunité de s’exporter. Si George Sand a pu m’inspirer c’est, avant tout, par l’aura littéraire et artistique qu’elle a laissée derrière elle, à jamais, au tréfonds de ma province natale. Son empreinte est partout, dans tous les chemins creux, au cœur de toutes les forêts. Cette terre de légendes, étoilée de sites pittoresques, elle l’a célébrée et l’a chantée avec un amour tel qu’il est difficile de ne pas prendre la plume pour nous joindre modestement, à notre tour, à ce chœur louangeur. Car la nature que je mets en scène dans mes contes, ces paysages que j’ai à l’esprit quand vient le moment d’écrire, ne sont, au fond, rien d’autre qu’une projection fantasmée du Berry de George Sand à travers le prisme de mon affectivité et de mon ressenti personnels, ce Berry dont Sand a toujours loué le charme surnaturel en ayant le bon goût de ne jamais l’affubler d’un merveilleux gentillet, de pacotille. Car les légendes du Berry fantastique sont résolument sombres et sinistres.
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Ta mythique région berrichonne, source nourricière pour l'imaginaire collectif, t'a-t-elle permis dans ton existence de vivre des faits insolites, type "rencontre du 3ème type" ou autre confrontation surnaturelle ? Quelques expériences que tu consentirais ainsi à conter à tes lecteurs avides de paranormal... Le Berry est connu pour être le fief des sorciers, des « jeteux de sorts ». Il est difficile de dire si ces pratiques magiques, redoutées et prises très au sérieux par les paysans d’autrefois, existent encore aujourd’hui. Si elles subsistent, c’est de manière plus clandestine encore. La sorcellerie ne réglemente plus le quotidien des Berrichons depuis longtemps. Mais de là à dire qu’elle a partout disparu... Les croyances et superstitions ont trouvé dans le sol du Berry un terreau de choix. La campagne berrichonne en est encore toute vibrante. N’importe qui peut en faire l’expérience : il suffit de se montrer réceptif et de savoir regarder au bon endroit. Aucune de mes promenades au cœur du Berry ne m’a cependant confronté à quelque phénomène paranormal que ce soit. Je ne demande pourtant pas mieux ! La Vallée Noire, où je suis né, semble tellement propice aux manifestations de la surnature que je ne serais pas surpris de tomber nez à nez, un jour, avec le fantôme d’une légende de jadis.
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Tes oeuvres donnent vie à ton terroir natal qui semble merveilleusement t'inspirer. On sent toujours une profonde tendresse autant pour Mère-Nature que pour les personnages qui évoluent au coeur de tes pages et auxquels tu apportes un soin scrupuleux. Y en a-t-il que tu préfères à d'autres, tous textes confondus ? Lieux et personnages ont, à mes yeux, une importance égale. En revanche, j’avoue que, dans mes textes, le cadre spatial prime largement sur le contexte temporel. Il n’est pas rare d’ailleurs que j’élabore un récit en définissant de prime abord l’endroit de l’action. De tous les sites que j’ai pu imaginer, j’en retiendrai quatre, à commencer par le chêne planté à la manière d’un calvaire au milieu d’un carrefour dans « Pour qui croassent les corbeaux ? » et la fontaine antique du « Mouroir aux tourterelles », dans la mesure où le cadre spatial y acquiert (et cela était tout sauf délibéré) une certaine valeur allégorique qui, finalement, n’est pas pour me déplaire... Les paysages agrestes de « La Complainte des Xylanthropes » me laissent eux aussi le souvenir d’un immense plaisir créatif car ils furent pour moi l’occasion de mettre en scène une Nature sombre, maladive, souffrante et pleine d’une colère sourde : pour ce texte-là, je ne me suis vraiment rien refusé ! J’explore excessivement peu l’univers urbain. C’est pourtant à celui-ci qu’appartient le dernier de mes lieux favoris puisqu’il s’agit de la place circulaire et secrète de « Thanaphobos », au centre de laquelle se dresse une statue équestre d’un genre particulier... Tout simplement parce que c’est là, je crois, que je me suis approché le plus près de cette « inquiétante étrangeté » inhérente au registre du Fantastique. Il m’est plus difficile de choisir un personnage parmi ma galerie personnelle. Il me semble malgré tout que le Sauvageon de « Deuil pour deuil... » est le plus nuancé et le plus abouti. L’orphelin de « Frau Welt » est, lui aussi, de ceux qui me touchent le plus du fait de son retard mental. Car les individus frappés de troubles mentaux, qu’il s’agisse d’une arriération ou de la démence pure et simple, ont toujours suscité en moi une fascination non pas malsaine mais empathique.
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Toi qui aimes à nous faire frissonner, peux-tu nous confier ta plus grande frayeur en ce bas-monde ? Mon croquemitaine, à moi, c’est la solitude. Non pas cette solitude inspiratrice dans laquelle se mure pour un temps l’artiste en quête de recueillement ou de rêverie, mais la solitude non désirée, celle qui ouvre en nous une béance douloureuse dans laquelle s’abîment un à un tous les liens qui nous amarrent à ce monde. Je veux parler de cette solitude pernicieuse que l’on hait et dans laquelle, les années passant, l’on finit pourtant par se complaire en éprouvant des réticences à l’idée de provoquer des rencontres, d’aller au devant d’amis potentiels. Voilà ce qui m’effraie le plus : la déchéance affective de celui qui ne se sent pas aimé et qui, en désespoir de cause, ne trouve de remède à ce malheur que dans la misanthropie.
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Lesquels de tes contes macabres te rendent le plus fier ? Question cruelle ! C’est comme demander à un parent quel est, de tous ses enfants, son préféré. J’ai de l’affection pour chacun de mes contes et il m’est assez difficile d’en extraire un favori. Malgré tout, je reconnais être particulièrement satisfait de cette trinité un peu spéciale formée par « A Cœur perdu », « Trois petites goulées de mort pure » et « Le Mouroir aux tourterelles ». Je suis fier, en effet, d’avoir pu y mettre en scène, sans détour, ce que, par le passé, j’avais peut-être un peu trop tendance à n’évoquer qu’à demi-mot. L’amour homosexuel, puisque c’est de cela qu’il est question, y est dépeint avec pudeur, certes, mais sans le moindre refoulement. Je suis fier d’avoir pu écrire ces trois textes au moment où j’en avais besoin, fier d’avoir pu donner vie à ces histoires pour libérer mon cœur et mon esprit de leur poids. Tous les trois, pour employer une image maritime sans doute peu élégante, ont agi à la manière d’un brise-glace en ouvrant la voie à de prochains textes encore plus émancipés que ne viendra enserrer nulle gangue étroite.
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Parmi toutes tes oeuvres, quelles sont celles qui, à tes yeux, mériteraient d'être adaptées à l'écran ? Comme beaucoup d’auteurs, je serais évidemment amusé et curieux de voir ce qui pourrait résulter d’une adaptation audiovisuelle de l’un de mes écrits. En matière de films fantastiques et horrifiques, je suis un vrai « cinéphage », encore que je n’avale pas tout sans broncher. L’abus de gore s’avère par exemple, pour moi, des plus indigestes. Je ne suis pas certain que l’un ou l’autre de mes textes mérite d’être porté à l’écran. Mais puisqu’on m’invite ici à rêver à voix haute, j’avoue que je n’aurais rien contre une mise en images de mes contes intitulés « Frau Welt », « Deuil pour deuil... » et surtout « Trois petites goulées de mort pure ». Aux commandes, je serais ravi de voir Tim Burton ou Guillermo Del Toro, dont les univers respectifs, teintés d’une poésie à la fois sombre et échevelée, regorgent de trouvailles et bénéficient d’une profondeur peu commune ainsi que d’une beauté à l’épreuve du temps.

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