| Music | Quelques-uns de mes poèmes :
<Vitriol
Fleuve de vie aux lascives courbes où t'entraînent-elles les crêtes épineuses des meneurs de fortune ? Leur sang déforme au vitriol l’avenir des peuples tandis que leur œil à de noirs desseins dirige les destinées. Dans le creux de leurs mains insatiables, le bel espoir d’intelligence pour une prospérité partagée s’épuise à contrecœur du germe de l’unité.
Du haut d’écrasantes tours, dans les labyrinthes de leurs pouvoirs aux innombrables têtes, leurs lugubres psalmodies hantent nos nuits harassées. En meute, en clan, en groupe, au nom du ciel, de la fortune, au nom des puissances du pouvoir, leurs hordes déchaînées enfièvrent nos âmes de peurs factices ou ancestrales... Peu importe ! la nuisance est dans leurs veines !
Nos jarrets saignent. Nos faces dans la boue de leurs désirs crochus se cachent de honte à nous-mêmes. Nos consciences écartelées, divisées, éclatées, sous l’opaque ruine de leurs fantasmes, se retournent contre nos chairs en charpie !
Comment dévoiler nos propres beautés là où le masque gélatineux de leurs canons grimaçants nous moule dans l’artificiel ? Le peuple, à leurs yeux dévoyés, est un sexe féminin dilaté. Ils y engouffrent et l’ensemencent de leurs odieux appétits… Mais pour combien de temps ?
J’entends monter vers l’âme de nos légendes le sang du peuple et en réponse une colère profonde, terrifiante, obstinée descend - déferle un feu de justice aux teintes cramoisies -. Une colère… conscience retrouvée des oppressés, des opprimés, des rabaissés, des illusionnés, des trompés, dans leur chair, dans leur sang ! Elle est et se réveille et nous vient en réponse depuis de secrets lieux trouvant échos dans le coeur de nos souffrants, de nos errants, de nos laissés pour compte... Une armée !
Courants salins
Révélation : Universalité
Humanité !
Révolution : Révolte
Récolte !
Civilisation : Construction
Invention !
Humanisation : Forme
Réforme !
Spiritualisation : Aventure
Culture !
Harmonisation : Volonté
Liberté !
Réconciliation : Vision
Création !
Du sang sur nos mains
Un soir, avec des amis, nous nous réchauffions au feu d’une cheminée bien garnie. Ensemble, nous goûtions l’instant silencieux, chaleureux. Les bûches crépitaient. Soudain, un frisson pénétrant parcourut nos c,,urs et nos reins comme une vague tumultueuse, déferlant avec rage sur nos consciences au bon teint. De sombres nuages, au limpide langage, soufflèrent sur les braises accrochées à ma langue encore tendre. Ma bouche prononça des phrases contenues dans le vase de mon cerveau ; d’où un feu bleuissant s’élevait en sifflant :
– Qu’en est-il réellement de notre silence consentant à tant de pauvreté sur d’autres continents ? J’entends par-delà la mer les gémissements de nos frères… Nous sommes tous des citoyens riches de biens et de moyens. Nous pourrions circonscrire leurs misères sans affaiblir nos propres terres. Or, les heures s’écoulent. Des mondes s’écroulent. Mais rien ne se passe… Nos nations se prélassent sur des matelas d’argent tachés du sang d’humains qui nous tendent leurs mains en s’excusant de nous importuner pour une poignée de blé… Nos réponses prétendument rapides à leurs détresses si humaines, sont loin d’être limpides dans les jeux de l’arène. Nous nous ingénions à détruire leurs droits à un avenir et à force de leur nuire ils en viennent à nous maudire ! Qui ? parmi nous, pourra dire demain avoir ignoré qu’en guise de pain nous assénions à nos frères humains des coups de rasoir sur leurs mains tremblantes ? –.
L'ombre humaine
Une ombre humaine marche, titube, en plein jour, sur les trottoirs de la ville indifférente et sombre. L'ombre humaine, trop faible parmi la foule, se meurt dans la ville où seule attraction, la ville elle-même... où jeunesse monte et vieillesse descend, etc., etc., etc.,.
L'ombre humaine s'asseid, s'effondre, se blesse et se plaind à voix basse. Inerte, dans sa solitude, elle sombre dans un corps déjà froid. Mais un bref sursaut la réveille et s'ouvrent ses yeux fatigués et las où défilent des images et passent vite aussi les gens aujourd'hui... Le corps mi-mort, l'ombre humaine a conscience de ce qui l'anime : c'est une réalité qui se dévoile, avant de la saisir et l'emporter, c'est une idée qui se profile et pénètre dans son agonie.
L'ombre humaine affronte les regards voilés et les pensées creuses des passants qui la jugent sous leurs masques de pitiés où se brise l'éclat vide de leurs yeux...
L'ombre humaine entrevoit le sourire niais des passants et elle chuchote à qui veut bien l'entendre : - Derrière le voile de nos indifférences, une culpabilité cinglante nous obsède, là où la honte aussi bascule et nous enlise, là où l'orgueil gonfle la peur d'être ce que nous sommes... -.
L'ombre humaine appréhende la relation profonde qui relie et unit, par voie de synthèse, paraît-il, le vrai le faux face à la tombe. L'ombre ignorante est victime et coupable de l'illusion collective pour avoir, naïve ! cru en sa puissance éphémère qui nous plombe, tous...
Maintenant l'ombre humaine voit intérieurement sa faiblesse, son conditionnement, et elle sombre dans l'inconnu avant d'être comprise et reconnue par les passants, passant à côté, qui lui déclarent enfin le droit du bien aussi... l'ombre humaine meurt à l'ombre de ses yeux humides qui s'éteignent dans un corps qui se détend sans résister au froid serein au froid serein qu'offrent les restes de son souffle se libérant vers un hypothétique ciel...
Neige de sang
Des ailes de chiens aux oreilles d’oiseaux les ondulations amorphes des esprits souillés reniflent les filets de haine ; fluides des interstices délabrés, creusets édentés des hommes de ténèbres ! Engeances ! Brumes d’acide, corrosives fumées, glaces de soufre, infiltrations dégradantes, toutes pénétrées des fluctuations asexuées de l’humaine faiblesse ; vils songes, copulations creuses, orgueilleuses lâchetés : les mains des enfants stérilisées, les crânes enfantins broyés, l’humanité saignée, l’âme en son temple violée, l’esprit du sanctuaire piétiné !
Crânement, les lames s’aiguisent... Le glauque au pas boiteux ignore que sève et sang se fécondent en un cri conique perceur d’oreilles sensibles aux gémissements du germe.
Et pourtant... là ! de beaux courants salins, fraîcheur des crânes en veille - cristal vibrant au souffle de l’esprit, prémices de l’heure tranchante -, sèment des tonitruantes cloches, l’inexorable sentence !
Et sous la clarté de l’oeil les vérités migratrices aux tiges filiformes repoussent l’Ombre... et ses obscures fumées ! Terribles convulsions des lieux de crâne, secrètement maudits, mauditement secrets !
Aimons donc
Tous, nous proclamons, l’amour ! l’amour ! l’amour ! Mais nous constatons paroles ! paroles ! paroles ! qui font le tour du monde, sans jamais vivre leur envol... N’est-ce pas là un jeu hypocrite et frivole ? Ne devrions-nous pas réapprendre à aimer avec simplicité ? Craignons que l'amour ne s’envole vers d'autres univers épris aussi de Liberté, d’Egalité, de Fraternité… mais vécues, partagées, accomplies.
Aimer simplement, sans se faire remarquer, n’est-ce pas là l’amour en fête, l’amour trop souvent repoussé des têtes bien faites ? L’amour simple aime-t-il se faire remarquer ? cet amour-là, qui ne demande rien en retour, est pétri d'humilité. Or, aujourd'hui, comme tous, qu’ai-je appris ? J’ai appris qu’est respectable uniquement ce qui est monnayable… Voyez-vous où cela nous conduit ? Cela signifie-t-il que l’on veut mettre l’amour à table, pour lui faire boire cette mentalité détestable ?
|