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TRISTAN poupée

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Released: Jan 1, 2010
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General Info

  • Genre: Concrete / Minimalist / Pop

    Location Paris, Sélectionne ta région., Fr

    Profile Views: 19603

    Last Login: 3/1/2011

    Member Since 10/11/2007

    Type of Label Unsigned

  • Bio

    ..Pour Tristan Poupée.... Dans son poème intitulé Nommer Namur, Jacques Darras écrit ceci : « la voix qui parle dans le poème se méfie terriblement de la voix qui chante ». Cette affirmation n’est pas une profession de foi. Cette méfiance, tout le poème de Jacques Darras s’emploie à la déplorer, à la présenter comme « terrible » pour la poésie elle-même... Hier soir, j’ai été à l’International, 5 rue Moret, dans le 11ème arrondissement. Au programme, trois groupes, dont Tristan Poupée. Le chanteur du groupe, également auteur de textes et guitariste s’appelle Jean-Pierre Petit. Tristan Poupée, c’est lui. Des traits tirés de pantin enamouré, un port de tête légèrement affaissé, comme suspendu par des fils. Je vois parfois de jeunes groupes de rock qui passent à la télévision. Ce qui me surprend chaque fois, c’est le caractère prédominant du visuel, comme si le chant avait cessé d’emprunter prioritairement le canal de l’ouïe pour escorter simplement en qualité de témoin les noces du goût public avec ce que Verlaine appelait « des galopins aux yeux de tribades ». Ce n’est pas le cas de Tristan Poupée. Jean-Pierre Petit est certes charismatique et beau, mais ses chansons ne sont pas faites exprès pour nous en persuader. J’ai connu Jean-Pierre il y a des années, il travaillait alors, me semble-t-il, sur le théâtre de Léonid Andreïev. Andreïev est surtout connu pour une nouvelle intitulée La pensée. C’est probablement, dans le domaine russe, l’équivalent du Bartleby de Melville dans les lettres anglaises, ou de Maison des autres de Silvio D’Arzo pour les Italiens, à moins que cette dernière ne fût tout simplement la plus belle nouvelle de la littérature mondiale. Je me souviens de deux ou trois chansons, la ligne mélodique, quelques mots : « Venise est sous eau et Pompéi sous les cendres » ou encore « la légende dispersée dans la brume ». Jean-Pierre n’est pas seulement un parolier adroit et sensible, c’est un homme extraordinairement savant. Les mots « légende dispersée » renvoient à une anthologie du romantisme allemand composée par Jean-Christophe Bailly en 1976. C’est dans cette anthologie que Deleuze et bien d’autres firent la découverte de Anton Reiser, le roman génial de Karl Philipp Moritz. Dans ce roman, il y a une scène très marquante, où un jeune homme scrute intensément les yeux d’un veau sur le point d’être égorgé, cherchant en quelque sorte à s’approcher le plus possible de l’espèce de pensée dont ces yeux ne révèlent, dans une sorte de lumière brune, que la douleur étalée. De l’âme, ici, les yeux sont les vitraux davantage que le miroir ou les fenêtres. .... C’est un second sens possible de la juxtaposition entre Tristan et Poupée. La chanson comme hybridation entre passion mortelle et objet dérisoire, jouet. C’est cela qu’on croit lire dans les yeux de Jean-Pierre Petit. C’est cela qu’exprime sa voix qui se méfie de tout, excepté le poème et excepté le chant. .... Daniel Franco - Cosy Corner, Riff raff magazine, mars 2010
  • Members

    Tristan poupée - songwriting, vocals and acoustic guitar.. ..LES BELLES MANIERES..ARMELLE PIOLINE - backing vocals, percussions.. BENJAMIN MILES ESDRAFFO- memotron, backing vocals.. SEBASTIEN HOOG - electric guitar, backing vocals.. HUGO COPICAT INDI- electric guitar, knobs & dials
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Pour Tristan Poupée

Dans son poème intitulé Nommer Namur, Jacques Darras écrit ceci : « la voix qui parle dans le poème se méfie terriblement de la voix qui chante ». Cette affirmation n’est pas une profession de foi. Cette méfiance, tout le poème de Jacques Darras s’emploie à la déplorer, à la présenter comme « terrible » pour la poésie elle-même.
Hier soir, j’ai été à l’International, 5 rue Moret, dans le 11ème arrondissement. Au programme, trois groupes, dont Tristan Poupée. Le chanteur du groupe, également auteur de textes et guitariste s’appelle Jean-Pierre Petit. Tristan Poupée, c’est lui. Des traits tirés de pantin enamouré, un port de tête légèrement affaissé, comme suspendu par des fils. Je vois parfois de jeunes groupes de rock qui passent à la télévision. Ce qui me surprend chaque fois, c’est le caractère prédominant du visuel, comme si le chant avait cessé d’emprunter prioritairement le canal de l’ouïe pour escorter simplement en qualité de témoin les noces du goût public avec ce que Verlaine appelait « des galopins aux yeux de tribades ». Ce n’est pas le cas de Tristan Poupée. Jean-Pierre Petit est certes charismatique et beau, mais ses chansons ne sont pas faites exprès pour nous en persuader. J’ai connu Jean-Pierre il y a des années, il travaillait alors, me semble-t-il, sur le théâtre de Léonid Andreïev. Andreïev est surtout connu pour une nouvelle intitulée La pensée. C’est probablement, dans le domaine russe, l’équivalent du Bartleby de Melville dans les lettres anglaises, ou de Maison des autres de Silvio D’Arzo pour les Italiens, à moins que cette dernière ne fût tout simplement la plus belle nouvelle de la littérature mondiale. Je me souviens de deux ou trois chansons, la ligne mélodique, quelques mots : « Venise est sous eau et Pompéi sous les cendres » ou encore « la légende dispersée dans la brume ». Jean-Pierre n’est pas seulement un parolier adroit et sensible, c’est un homme extraordinairement savant. Les mots « légende dispersée » renvoient à une anthologie du romantisme allemand composée par Jean-Christophe Bailly en 1976. C’est dans cette anthologie que Deleuze et bien d’autres firent la découverte de Anton Reiser, le roman génial de Karl Philipp Moritz. Dans ce roman, il y a une scène très marquante, où un jeune homme scrute intensément les yeux d’un veau sur le point d’être égorgé, cherchant en quelque sorte à s’approcher le plus possible de l’espèce de pensée dont ces yeux ne révèlent, dans une sorte de lumière brune, que la douleur étalée. De l’âme, ici, les yeux sont les vitraux davantage que le miroir ou les fenêtres.

C’est un second sens possible de la juxtaposition entre Tristan et Poupée. La chanson comme hybridation entre passion mortelle et objet dérisoire, jouet. C’est cela qu’on croit lire dans les yeux de Jean-Pierre Petit. C’est cela qu’exprime sa voix qui se méfie de tout, excepté le poème et excepté le chant.

Daniel Franco - Cosy Corner, Riff raff magazine, mars 2010

Member Since:

octobre 11, 2007

Members:

Tristan poupée - songwriting, vocals and acoustic guitar

LES BELLES MANIERES
ARMELLE PIOLINE - backing vocals, percussions
BENJAMIN MILES ESDRAFFO- memotron, backing vocals
SEBASTIEN HOOG - electric guitar, backing vocals
HUGO COPICAT INDI- electric guitar, knobs & dials

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