La France semble être définitivement devenue une terre d'exil privilégiée pour l'indie pop folk de qualité et la venue de
You and You, jeune groupe parisien formé en janvier 2008 autour du songwriter Félix Perez, ne fait que confirmer la donne. L'émotion « americana » a changé de camp, elle n'est plus réservée à quelques compositeurs US, les Français peuvent aussi y exceller.
Ainsi, en un peu plus d'un an à peine,
You and You, joue déjà dans la cour des grands (on pense à Sufjan Stevens, Bon Iver, Beirut, Iron & Wine pour ne citer qu'eux), ceux qui font perdre les sens et oublier les tracas en moins de trois accords. Une série de concerts remarqués (Le Café de la Danse, La Boule Noire, La Flèche d'Or, Le Divan du Monde, Le Baron, La Bellevilloise, Glaz'art, Réservoir, New York...), des premières parties de grande classe (Moriarty, F.M., Alela Diane) et les voilà déjà attendus impatiemment pour leur premier EP 5 titres prévu à la rentrée.
Mais peu savent encore qui se cache derrière cette formule intrigante
You and You (s'agit-il de « toi et toi ou vous et vous »?) Felix Perez donc, mais aussi Clément Simounet (guitares, banjo, melodica et chœurs), Samuel Lebouc (basse et choeurs) et Maurin Zahnd (batterie), quatre musiciens échappés de diverses formations rock, qui traînent aujourd'hui leur spleen autour de Barbès, et bientôt du monde. Car à eux quatre, ces jeunes garçons (28 ans de moyenne d'âge) écrivent des chansons oniriques et mélancoliques, où la simplicité et la mélodie priment sur tout effet de manche, et touchent directement au cœur. Construites autour d'une guitare-voix d'une honnêteté confondante, ces folk songs hantées à la beauté fragile s'entichent aussi parfois d'un glockenspiel ou d'un mélodica, sans que l'harmonie du tout ne se brise. Les arrangements forment alors un écrin de choix au chant de Felix et à son interprétation tout en émotions douce-amères et fêlures du fond de l'âme.
Avec un sens du poétique envoûtant,
You and You chantent la solitude, le désamour, l'enfance qui s'éloigne, les envies d'ailleurs et les rêves qui perdurent, renvoyant l'auditeur face à son moi intime et ses propres petits fantômes. Et si «
You and You » était en fait le début d'une grande histoire amour entre eux et nous...
EUROCKEENNES'ROLL
Critique – Le 06 juillet 2009
Rock. Outre les valeurs sûres comme les Kills ou les stars comme Doherty, la 21e édition du festival de Belfort, qui s'est achevée hier, a fourni son lot de découvertes.
Ecrin. Naître, diraient les gars de Poissy (Yvelines), de You and You. Ephémère frémissement. Un peu comme l’eau à l’heure du thé épicé, quand la bouilloire siffle et qu’il s’agit de s’asseoir autour d’un décor à la Brooklyn. Et de respirer ; humer ; boire de l’indie folk-rock spleenétique. Sur les rails depuis 2008, le quatuor, drivé par un Félix Perez au timbre évanescent, entrouvre une porte sur la scène frenchy. De la folk nimbée de grands espaces made in US. Et imbibée d’un héritage sensoriel à la Syd Matters/Piers Faccini. Repéré via «Paris jeune talent» (6 500 euros en poche), Félix Perez, 30 ans, maîtrise de lettres, d’origine espagnole, pion à ses heures pour survivre, revendique plutôt Sufjan Stevens ou Bon Iver. You and You tient de l’écrin fragile, ténu. Un peu comme si l’on gardait des fantômes sous le coude pour être mieux envoûtés par leur bouffée de désespoir, et donc espérer.
Par Christian Losson Belfort, envoyé spécial
juillet 2009
You And You n'a rien d'un duo, et c'est bien fait pour nous. On n'avait pas à se laisser impressionner par cette tautologie. On n'avait pas à étiqueter à l'avance cette guitare acoustique et ce chant intimiste, qui reste tout près du micro. You And You n'a pas juste l'air mignon et inoffensif, ce que confère une production minuscule et un face-à-face attendrissant. Car You And You est un vrai quatuor. Quatre musiciens, quatre talents avérés font corps autour de la même émotion. Comme un seul homme, ils nous soufflent une bouffée de Gitanes au visage; la fumée bleue sent le labeur autant que la liberté. Ici, la tristesse est un terrain de jeu, et la rédemption, une évidence. Avec délicatesse, ferveur, les arrangements prennent le parti de la voix, sans jamais faillir. Ils resserrent l'espace autour d'elle, et chaque chanson de vient une aventure. Le chant de Félix est pointu, piquant et aérien. A la quatrième seconde, il se voile d'une inquiétude muette, comme une sagesse trop précocement acquise. La vie est belle, ou bien la vie est vache - mais les mélodies restent suspendues une fois que le grain est passé. Un formidable sentiment de paix a envahi ces cinq morceaux, mis en parenthèses les bourrasques.
Par Marie Daubert