Le dispositif est simple, rappelle du connu, du familier. Deux hauts-parleurs nus et quelques objets de fonds de tiroirs se partagent la même surface d’une feuille en métal blanc posée sur deux tréteaux.
Derrière, un écran de projection.
La technologie domestique, les objets familiers du dispositif sont tout de suite reconnaissables. Cette accessibilité place le spectateur/auditeur dans une relation brute et immédiate face au dispositif de scène. Rien n’a encore eu lieu.
Une sensation de fragilité nous fait rentrer d'emblée dans ce dispositif précaire. Une tension se partage.
L’opérateur met en route le processus, manipule, tremble. Déplacement d’objets et de petites particules placées sur la plaque. Ces micro-mouvements provoquent l' apparition et la transformation d’une nappe sonore.
Sur l'écran de projection, des images macroscopiques de fleurs, organes sexuels, pistils. Film érotique sur une reproduction en cours. Film naturaliste au message sonore à priori imperceptible, rendu puissant par le dispositif.
Les sons que l'on entend sont captés avec des micro-contacts. Le son est mis en écoute, en visibilité sonore. La matière fleur, émet comme des ''ondes intra - terrestres''. L’événement nous confond, plus de repères spatio-temporel, la matière agissante a pris le dessus. Nous perdons tout lien entre ce qui est présent: table, tréteaux, écran de projection,micro, lumière. Des ‘’ va et viens ‘’entre ce qui se joue sur la table d'où ont lieu les manipulations, l’écran de projection et les gestes de l’opérateur. Nous voyons bien qu’il agit sous nos yeux mais ne comprenons plus la réalité de ce qui se joue et rentrons dans une dimension de l’instant.
L’artifice est absent et la vie d’une poussière de graphite défile sous nos yeux. Matière inerte, réanimée. Les lois de la nature se rappellent à nous. La matière semble être mise à bout, à l'étroit sur cette table, sur l’écran de projection, elle s’énerve, gronde, c’est le chaos. Notre mémoire se souvient, réminiscences métaphysiques, hasard, big bang, chaos.
Le manipulateur n'agit plus, le dispositif est en autonomie, la matière est libre. La matière, poussière est bel et bien en vie, puissante, et nous remet à l'heure de notre éphémère présence. En hors champs, en dehors de cet espace scénique, que dure, la vie, la vie d'une poussière.
Point de rupture, disparition, nostalgie, on quitte un monde. Images floues, saccadées, des grains de riz se déplacent, grouille le son. On se laisse surprendre à penser à notre décrépitude. C'est dérangeant, acculant, cela va passer....
Sur la table, les objets, un temps inanimés, forment une ville, imaginaire, ''base de repérage d'une équipe, envoyée dans l'espace, y a t-il une autre vie que sur terre?'', vision de sciences fictions.
A l'écran projetée, une vue alpine, ''carte postale vivante de nos montagnes'', ciel bleu, nuage, neige. A nouveau le monde terrestre, monde à l'envers? cycles inversés?
Est-ce le début ou la fin? Passe, passera...
Texte de Chris Pellerin