L’existence de SAP tient du miracle.
Combo hautement énergique et totalement incontrôlable, SAP joue du rock comme on traverse la frontière mexicaine à bord d’une Mustang bourrée de Nitro en overdose de téquila.
Ils jouent de la musique car il n’y avait rien de mieux à faire ce soir-là dans une rade d’Austin Texas lors de SXSW. Un moyen d’échapper à la Police, au poker et à la roulette russe.
L’histoire qui les a réunis est rocambolesque comme un film d’Inarritu.
Negrita Tarentula aux baguettes, championne de Lucha Libre à Mexico dont la carrière a mal tourné à cause de paris hasardeux lors de combats de coqs clandestins. Réfugiée au Nouveau-Mexique grâce à la complicité de La Loca, elle s’impose rapidement comme la tête pensante de la mafia locale. Avant de fuir à nouveau avec plumes et goudrons jusqu’à errer dans les rues d’Austin, alcoolique et suicidaire, et subsistant de petits larcins minables.
La Loca elle-même, bassiste, furieuse et déjantée, jadis passeuse redoutable défiant quotidiennement les gardes aux postes frontières, dont le dernier acte de bravoure avec Negrita Tarentula a failli lui coûter la vie. Séquestrée par le milieu du jeu, elle réussi à s’enfuir après avoir corrompu ses geôliers et se réfugie dans le Chiapas, où elle disparait… avant de réapparaître 3 ans plus tard dans les rues de la vieille Havane, organisant bravement les départs clandestins jusqu’en Floride. Où elle a échappé de peu à la noyade, lynchée par des balseros furibards en apprenant qu’elle avait facturé la traversée aux familles des 2 côtés du Golfe du Mexique. Sans argent, sans papiers, c’est en hobo-girl post-moderne qu’elle erra jusqu’à trouver un boulot de barmaid clando dans un sex-shop d’Austin.
Rita Hari, elle, se rêvait en Diva provocatrice et excentrique, usant de tous ses charmes pour épouser une carrière sous les feux des projecteurs. D’entertainer honnête elle devint vite entraîneuse hors pair, et son mariage avec une petite frappe de Las Vegas n’y arrangea rien. Malgré sa mégalo, elle dû se résoudre à jouer le rôle d’indic auprès du sheriff local pour protéger ses activités. Le pot aux roses fut vite découvert et elle s’enfuit jusqu’à la frontière avec sa maîtresse, la femme du sheriff, pour échapper au règlement de compte. Sheriff qui s’empressa de les rattraper et de les faire tapiner dans un bouge de Tijuana d’où Rita Hari s’enfuit quelques mois après dans les soutes du camion des Mariachis locales parties pour le festival SXSW d’Austin, et avec lesquelles elles avait retrouvé ses rêves de jeunesse et de succès en reprenant le chant.
Avant de tenir la guitare, The Brain était un as du poker. Vegas était son domaine et il écumait les casinos à la recherche d’un nouveau flambeur à plumer. VIP au Bellagio et au Flamingo, il vivait au Casino Royale. Mais son succès gênait les affaires des mafias locales qui détenaient les casinos et la pègre de Vegas lança un contrat sur sa tête. Il devint l’homme à abattre, et son sort fut réglé dans le désert du Nevada à coups de batte de baseball. Enterré vivant en train d’agoniser, il ne doit son salut qu’à l’irruption inopinée d’indiens Paiutes de la réserve voisine. Hébergé puis soigné par les Indiens, il se fit oublier et se lança dans la vente d’artisanat Paiutes depuis les parcs naturels américains jusqu’au Texas. Installé à Colorado Spring, il ne rate jamais une édition du SXSW à Austin pour faire de nouvelles affaires.
La vie de SAP tient donc à un fil, et le rock est leur nouvelle aventure du moment.
SAP trafique les codes et tord les influences. Souvent sombre, post new wave foutraque rappelant l’influence Nick Cave, parfois cabaret décadent aux faux accents Kurt Weillien décharnés, le rock de SAP exulte toujours, déjante et ne calcule pas. Baroque et barré, expressionniste et désinvolte, le combo délivre un rock toxique et animal toujours à la limite de la rupture.
Photo par Jean-Philippe Bidegain - aeyoll.fr
Design graphique par Jean-baptiste Boutin - jb_boutin@hotmail.fr
En concert à Bordeaux jeudi 3 décembre au Saint Ex à 21h --- 6 euros Big A Little a
En provenance de Brooklyn, soutenus par une armada de percussions et quelques claviers (sur lesquels ils tapent aussi !), Aa (signés sur Deleted Art) nous apporte une musique tribale et hypnotique qui se rapproche, en plus primitif, de celle des Liars et d’Animal Collective, s’il faut vraiment trouver des comparaisons. Leurs concerts sont une expérience totale, un trip sonore et visuel qui marquera durablement vos mémoires.