Voici une mélodie magique qui s’installe dans la mémoire, une mélodie qui sait colorer toute une journée pour peu qu’on l’ait entendue une fois. Julien Baer chante très près, un peu comme quand on prend dans ses bras son amour meurtri. La chanson semble dessinée d’une plume vive et légère sur un fond d’aquarelle, à la fois mélancolique et enjouée, dansante et grave. Elle s’appelle Le La et elle donne son titre au quatrième album de Julien Baer. Et elle nous rappelle qu’il est un des plus précieux mélodistes que l’on connaisse. D’ailleurs Le monde s’écroule, qui l’a révélé il y a presque douze ans, trotte toujours dans la tête…
Styliste qui n’œuvre qu’en franc-tireur, il a pris son temps (« trop longtemps », dit-il) depuis Notre-Dame des Limites, son précédent album. Il a enregistré, réenregistré, trié et retrié encore dans toute la matière enregistrée pour en sortir onze chansons infiniment élégantes. Avec Jean Lamoot (qui a réalisé des disques d’Alain Bashung, Têtes Raides, Juliette Gréco, Salif Keita, Dominique A, Noir Désir…), Julien Baer a passé des semaines au studio Ferber à Paris, s’est échappé à Bamako pour dépayser ses chansons et ses humeurs…
Et son album lui ressemble, entre discrétion et impudeur, entre non-dit et réalisme. On y entend de rudes impressions d’artiste (Concert amer), d’acides visions du quotidien en 2009 (L’Immobilier, Pends-le haut, pends-le court), des plongées dans l’envers des sentiments (Sept heures et demi, Douanier, Cité), tout un lexique de pastels et d’aveux voilés qui dessinent un autoportrait en clair-obscur. Car Julien Baer est discret. Un discret paradoxal : il n’aime pas beaucoup parler de lui et roule sur une grosse moto au caractère bien trempé ; il ne goûte pas l’exercice de la confession publique et se dévoile partout dans son album.
Il est vrai qu’il ne se rêvait pas star. La musique commence pour lui avec la radio, « avant les FM, quand ce qu’on entendait était très éclectique : on entendait Jamais content de Souchon puis une des tragédies symphoniques dansantes de Donna Summer… » Il n’a pas pris le plus court chemin. Pianiste de bar aux Trois Mailletz ,il est arrivé lentement à la chanson, constituant une œuvre hors norme avec trois albums bouleversants et subtils : Julien Baer en 1997, Cherchell en 1999 et Notre-Dame des Limites en 2005.
Aujourd’hui, il aime Rockollection et Mouloudji, des tubes glanés sur Skyrock ou sur MTV… Il a fait un disque qui ressemble à cette vaste discothèque mentale imprévisible : Pends le haut, pends le court est une sorte d’hymne à la Creedence Clearwater Revival avec synthé vaguement disco et groove malien, Lourde Porte d’entrée navigue entre blues hippie et énigmes à la Dominique A, Tant besoin de toi a des couleurs de Joni Mitchell partie en trip hop acoustique… Et on entend de la soul sans le sucre, de la cumbia sans les tropiques, de la Californie sans les paillettes, ne serait-ce que parce que Julien Baer n’aime pas la symétrie, le prévisible, l’emphase. Les chansons lui viennent toujours comme « de la musique avec un mot, une vision ». Puis il tire sur le fil. Un fil de tendresse et de poésie, un fil de douceur avec un rien d’acide.
Toujours présent, en vers et contre tout ! Nouvel abus à paraître fin de ce mois :
ABUS DANGEREUX #112 décembre 2009
En Couverture : FUCKED UP Au sommaire: 44 pages avec interviews, colonnes, news, chroniques (cd, vinyles, livres, faniznes, dvd) etc... : Fucked Up, The Fleshtones, Golden Boots, Kylesa, Kap Bambino, Why?, The Gaslight Anthem, Bikini Machine, Santa Cruz, Flying Donuts, Hellbats, The Roovers, Les Soucoupes Violentes, Rotor Jambrecks, Label Infrastion, Label Ici d'Ailleurs, Air Guitare.... + chroniques de livres, cd, dvd...
Ainsi que le sampler inédit 20 titres : Fucked Up (Live inédit), Golden Boots, Why?, 7 Weeks, Kylesa, Hellbats, Flying Donuts, The Roovers, Bikini Machine, The Fleshtones, The Gaslight Anthem, L'amour is The answer, Les Soucoups Violentes, Rotor Jambrecks, Santa Cruz, Kap Bambino, Martin Dupont, This Immortal Coil, Valoy, Clair Obscure.
depuis mon adolescence, assez punk je contre tout, naturellement. On me dit de faire rouge, je noircis. On dit joues rock, je fais electro. Techtonic is fun? Alors je te dis accords jazz ou rien...
tout ça pour toi en fait, et par tes oreilles que cela atteigne ton esprit, ton coeur...
Si j'y parviens? C'est à toi de dire.
"le derrière de Barbara", sur ma page. Comment dire... intimiste, intérieur, inspiré aussi je crois... par son derrière, je veux dire, bien sûr !
Merci de ton post en retour si tu en as le temps, je lirai.
Merci Julien. J'ai bien aimé ton idée d'app via laquelle on pouvait te suivre et te découvrir (pour ceux qui t'ont manqué). Je l'ai téléchargée mais malheureusement il était trop tard pour tenter ma chance aux fameuses home sessions ! Tu te fais discret mais sache que ton premier album fait partie de mon "wall of sound" perso...
Merci! Depuis Cherchell, et notamment la 3 ème chanson de l' album avec ses voix double-trackées et le doux son du Pianet, et ece qu' elle évoque, je suis vos albums. Celui là est magnifique. En plus, ce fût un plaisir il y a quelques temps de vous entendre chez Serge Levaillant.Avec une nonchalance brillante et amusée : un dilettante dans son sens littéral.Bravo.
Je suis flatté de figurer parmi votre nouveau cercle d'amis!! Vos jolies chansons m'accompagneront souvent cet été, dans ma décapotable (heum, très modeste décapotable) et à l'ombre des pins provençaux! Belle journée à vous.